/ / /

1. LES PRINCIPES GÉNÉRAUX DE L'ASSOCIATION

 

11. L'Ensoleillade est une association régie par la loi de 1901, se donnant pour mission d'aider des adultes dépendants, et dont une déficience mentale exige une prise en charge complète ou un accompagnement.

 

12. Elle s'efforce d'assurer leur bien-être physique et moral, d'accroître leurs capacités relationnelles et intellectuelles, et si possible de leur offrir une compétence professionnelle appropriée.


13. Elle poursuit sa mission à l'intérieur du cadre qui est le sien par tradition : a) une structure d'hébergement pour adultes incapables d'affronter seuls tout ou partie des gestes de la vie ; b) une structure de travail, où une activité de type professionnel induit une thérapie de la reconnaissance et de la dignité ; c) une structure mixte, dite « foyer de vie », qui est tout à la fois un lieu d’accueil et le cadre d’activités éducatives, voire thérapeutiques.

 

14. Cet ensemble constitue une structure dynamique strictement définie : a) Tout d'abord cohérente et ordonnée à des principes (§ 2) ; b) En second lieu ouverte, en dialogue constant avec le monde (§ 3) ; c) Non seulement déterminée : capable d'évolution (§ 4) ; d) Faisant l’objet enfin d’un engagement écrit (§ 5).

 

15. Pour révisables que soient ces choix fondamentaux, relatifs en tout cas dans leur application, ils sont le socle qui doit le moins varier, capable d’assurer à notre Association une définition, voire une identité. C’est au projet d’établissement d’incarner ces principes dans des situations concrètes, parfois changeantes ; et surtout de les mettre à l’épreuve d’usagers différents et porteurs de projets singuliers.

 

2. LA QUESTION DES VALEURS : ÉTHIQUE ET FORMATION

 

21. Au-delà du corpus législatif réglementaire (notamment les lois de 2002 & de 2005), la question des valeurs oblige que soit pensée rigoureusement l’opposition du handicap et de l'autonomie. Le handicap est ce qui fait obstacle à l’autonomie. L’autonomie est l’horizon qu’on s’efforce d’atteindre malgré le handicap. Aussi bien exige-t-elle que la responsabilité qui en découle soit corrélée non seulement à des principes, mais à un souci concret de formation.

 

22. Le motif principal de la loi de 2005 est la notion de citoyenneté, laquelle est bien trop vaste pour ne pas requérir, de l'Association et de nos établissements, une posture tout à la fois grave et subtile. Elle consiste à redire fermement que les résidents dont nous avons la charge sont des personnes à part entière. Mais aussi bien à reconnaître que l’on ne peut parler d'intégration sociale et même d'autonomie, que de manière toute relative : à l'intérieur d'un cadre spécifique et adapté à leur infirmité, à leur souffrance, au projet qu'autorise pour chacun l'évolution de son état.

 

23. Le motif opposé à la notion d'autonomie est la notion de handicap : une dépendance qui justifie une prise en charge, une tutelle ou un accompagnement. La sexualité est à titre d’exemple le lieu où s'exerce une responsabilité complexe, faite de contrainte et de respect. Car faire droit au désir, c'est en même temps le limiter. D’abord par le rappel d’une règle générale, que la sexualité est une affaire privée, et proscrite par principe de tous les lieux publics ; ensuite par le souci de protéger les personnes fragiles d’éventuels abus ; enfin par la conscience de la difficulté matérielle et morale où conduirait, pour certains d’entre eux, la procréation.

 

24. La déontologie requise n'est nullement abstraite : ni seulement morale, ni seulement technique. Et elle exige de tout le personnel d'encadrement une grande lucidité sur ses motifs : et notamment sur la question très difficile de l’intégration sociale et de l’autonomie, qui se pose tout autant dans la cité « réelle » que dans l’espace que circonscrit, en vue d’une mission propre, notre Association.

 

25. C’est dire que cette autonomie est le devoir de tous, et qu’elle n’est pas acquise. Elle est dans tous les cas le fruit d’un long trvail. Et aussi bien tout plan de formation sera-t-il ordonné, certes à la revalorisation des parcours professionnels, mais surtout au progrès des pratiques dans nos établissements et à leur réussite.

 

3. LE MONDE DU HANDICAP ET LA CITÉ

 

31. Une association vouée à l'assistance d'adultes handicapés mentaux est liée à la cité de manière structurelle et politique. Et aussi bien l’Ensoleillade assume-t-elle son rôle envers la société et les pouvoirs publics : patient et nécessaire partenariat ou interpellation pressante à l’occasion. Cependant ces efforts militants doivent s'exercer singulièrement aussi : selon que nos établissements sont liés spécifiquement au monde économique (§ 32), social (§ 33) et culturel (§ 34).

 

32. De nos établissements il faut redire deux choses : d'abord, que si les admissions intègrent le travail comme un trait essentiel de la prise en charge thérapeutique, la dimension professionnelle ne doit jamais prendre le pas sur les aspects sociaux-éducatifs. Un ESAT n'est pas un atelier protégé et encore moins une entreprise. Ensuite, que très visiblement ces deux espaces, l'hébergement et le travail, ne peuvent se correspondre de manière stricte. La prise en charge dans le foyer de vie, qui a sa visée propre, n'interdit pas que soit tenté, à titre pédagogique, un détour par l'ESAT. C'est au moins par ce biais qu'un ESAT échappe à la logique de l'entreprise
même adaptée.

 

33. De manière analogue, l’existence d’un foyer est le signe d’une épreuve : celle qui le met à part de « l'autre monde » et en fait un refuge ; celle qui, réciproquement, exige qu’il soit le plus possible ouvert sur la « vraie vie ». Mais il faut reconnaître que la présente implantation dans un espace particulier (le CHP de Pau) bouleverse cet équilibre fragile dedans/dehors, et qu’elle exige de nos éducateurs non seulement une vigilance mais des réponses inédites.

 

34. La nécessaire intégration dans la sphère des loisirs et du sport, tels qu'ils sont pratiqués au dehors, n'empêche pas que toute initiative doit être appropriée et d’une certaine façon traduite. S'il convient en effet que les adultes handicapés bénéficient des mêmes loisirs que tous, il est possible d'imaginer qu'un programme culturel en limite les excès (par exemple, ceux de la consommation). À titre d'hypothèse il est jugé souhaitable que notre Ensoleillade soit capable de s'ouvrir à toutes les formes d'art immédiat : pièces de théâtre, spectacles musicaux choisis, ou bien élaborés à son intention.

 


35. S’il est juste de vouloir que les handicapés aient une vie conforme à celle du plus grand nombre, et que, conçue à leur imitation, elle soit finalement « normale », il est souhaitable qu’à rebours elle constitue, pour la « vraie société », l’exemple d’une communauté réussie.

 

4. L'ORGANISATION DU CHANGEMENT

 

41. Fondamental et nécessaire le croisement d'un programme rigoureux avec sa nécessaire évolution. Que soit bien réfléchie la place des usagers à l'intérieur de nos établissements, lesquels sont moins un lieu d'assignation que celui d'un parcours adapté. Car la vie de chacun peut connaître des progrès, des moments d'équilibre, des phases de régression ou de déclin, au moins par la fatalité du vieillissement.

 

42. Cette question est liée au mouvement de la vie, qui peut être l'occasion de changements personnels ou collectifs, voire de ruptures traumatisantes. On devra les traiter à partir de « projets personnels » qui sont la clé de tout, à la double condition qu'ils ne soient pas formels et qu'on les tienne pour révisables. Cette nécessité implique non seulement l'obligation réglementaire que soient évaluées les compétences et les pratiques, mais que cette capacité réflexive entre dans la définition des fiches de postes et des attributions.

 

43. Le tout premier dossier où cette capacité sera mise à l'épreuve est lié, de manière générale, à l'articulation FOYER / ESAT, qui est à reconstruire ; et, de manière conjoncturelle, à l'invention problématique (déracinement brutal, implantation provisoire, amplitude des délais) du nouvel hébergement.

 

44. Il importe que très vite, et dès avant la conception d'un foyer neuf, l'Association se donne pour tâche d'envisager très concrètement – dans toutes ses dimensions, psychologiques et matérielles – la difficile question du vieillissement. Certes elle continuera de répondre aux progrès avérés, par la sortie vers l'externat. Mais elle devra aussi répondre à la retraite des usagers, leur perte d'autonomie, leur possible déclin – ou en aménageant un reclassement dans les MAPHA, ou en organisant, de manière circulaire, un accueil symétrique à notre foyer de vie.

 

45. Quoi qu’il en soit des circonstances qui obligent à une double rupture (une nouvelle gouvernance et la délocalisation du foyer), et des futures contraintes réglementaires (le projet de loi « Hôpital, Santé & Territoires »), l’Association s’engage a) à redonner à ses établissements leur unité perdue ; b) à inventer dans les plus brefs délais – bâtir, organiser et animer – un tout nouveau foyer ; c) et même à se placer, au-delà des mesures de relève et de remédiation, dans une logique de développement.

 

5. UNE CHARTE POUR L'ENSOLEILLADE

 

Article 1 : L'Ensoleillade remplit une mission de service public, financée et contrôlée par la collectivité dans le respect des valeurs et des lois de la République (loi de 1901).


 Article 2 : Cette mission prend la forme d'un devoir d'aide et d'assistance, lié aux déficiences d'adultes handicapés mentaux considérés comme des sujets de droit.


 Article 3 : Pour ce service rendu dans le respect de sa vie propre, nul ne pourra se substituer à la personne handicapée, – non plus qu'à sa famille.

 

Article 4 : Sont mises à leur disposition les compétences appropriées à toutes les dimensions d'une prise en charge ouverte, non seulement thérapeutique : matérielle et morale, professionnelle et culturelle.

 

Article 5 : Une stricte et régulière concertation donne lieu à un « projet de vie » prenant en compte l'évolution de la personne handicapée : de ses besoins réels, de ses désirs, de ses capacités.

 

Article 6 : Dans l'exercice de cette mission, neutralité et discrétion sont exigées et garanties. Pas plus que celle liée au handicap, aucune autre discrimination – familiale, ethnique, religieuse ou sexuelle – ne sera tolérée.

 

Article 7 : L’activité des administrateurs et du personnel de l'Association s'inscrit dans le respect de la présente charte.

Partager cette page

Repost 0
Published by